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John et Dorothy, 79 et 80 ans, Ontario
À lépoque précédant la Deuxième Guerre mondiale, il nétait pas coutume de fêter Noël dans les foyers écossais modestes. À Kelso, ville où John grandit, le 25 décembre était un jour de travail comme les autres. La seule chose à laquelle la mère de Dorothy consentait, et qui faisait partie des coutumes canadiennes, était les bas de Noël. On y trouvait toujours au fond une tangerine et un cent (largent de poche de toute une semaine !). Habituellement, une paire de mitaines ou de bas tricotés à la main et un très petit jouet ou un casse-tête de fil de fer remplissait le reste du bas. Nous trouvions cela merveilleux.
Nous recevions bien des cadeaux à l'occasion. De temps à autre, l'oncle de John lui offrait un livre spécial qu'il prenait sur ses étagères de choses « à conserver ». Une fois, il reçut l'Histoire des gitans. Et il semble bien que John ait réellement lu la prose pompeuse des historiens ou grammairiens du dix-neuvième siècle avec un véritable intérêt.
En 1932, Mère sest révoltée. Il nétait pas question quelle amène quatre jeunes enfants très énergiques en « vacances » annuelles de recherche, de mai à septembre, qui comprenaient un voyage de dix jours pour la France sur un bateau équipé dune tuyauterie primitive et sans électricité. Et, de toute façon, les salaires allaient sûrement encore diminuer. Papa irait seul. Nous étions réjouis. Comme les autres enfants, nous irions à Muskoka.
Et quelle grande joie! À son retour, Père avait deux immenses boîtes en mince papier français qui contenaient chacune une vraie poupée française, une pour Isobel et une pour Dorothy, une blonde et une brunette. Merci à la vendeuse parisienne qui a persuadé « monsieur » de les acheter. Mère était surprise de tant d'extravagance.
Lorsque nous avons déménagé en Angleterre, Rosalie aurait aussi dû venir, malgré le fait quà cette époque les poupées étaient pour les enfants. Après la mort de Mère, ma poupée a été retrouvée dans une vieille boîte à chapeau, le pire endroit où l'on aurait pu la mettre, mutilée par une ribambelle de nièces et mangée par les mites. Deux générations ont tenté de mettre du rouge sur ses joues. Ses culottes et sa robe sont dorigine. Les chaussons datent des années 1930 ; le chapeau et les bas sont neufs, mais tels que dans mon souvenir.
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